29 décembre 2018

Quelle mobilisation du travail dans le Facility Management ?

COLLOQUE du mardi 15 janvier 2019 – CRDIA et IRISSO – Université Paris-Dauphine PSL

INTRODUCTION

Par Xavier Baron, Coordinateur CRDIA

Quelle mobilisation du travail dans le Facility Management ?  Dialogues entre chercheurs et professionnels

Cette journée est une occasion de rencontres entre deux mondes :

  • Celui de la recherche qu’incarnent la vingtaine d’enseignants chercheurs, de chercheurs confirmés et de doctorants présents et mobilisés dans les communications et les ateliers de la journée,
  • Celui des professionnels du Facility Management, soit des services aux immeubles et aux habitants des espaces de travail, les clients et les prestataires, porteurs de retours d’expériences dans les ateliers et dans la table ronde.

Un travail d’ambition scientifique, sinon académique, a été réalisé pour sa préparation.

Au-delà, le sens de cette journée est de faciliter/promouvoir des coopérations pour des recherches à venir au profit du secteur, ses entreprises, ses clients et de ses travailleurs.

Les organisateurs

Ce colloque a été préparé, sur les contenus comme sur la logistique, notamment, par Matei Gheorghiu (docteur en sociologie, IRISSO) et Jean Yves Ottmann (docteur en gestion et chercheur à Paris Dauphine), organisateurs du colloque avec moi-même.

Un dossier vous a été transmis par mail avec le programme bien sûr, la présentation des intervenants…, mais aussi une Revue de Littérature originale et inédite que ces deux chercheurs ont élaborée tout au long des 6 derniers mois.

Cette journée a été initiée et portée par le CRDIA. Elle a été accompagnée au démarrage par un comité scientifique que nous avons réuni en juin dernier.

Elle est soutenue matériellement par l’IRISSO, Laboratoire de recherche de l’Université Paris Dauphine grâce auquel nous sommes ici aujourd’hui.  « Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales », c’est un laboratoire de recherche associé au CNRS. Il rassemble des enseignants chercheurs universitaires, des chercheurs CNRS et des doctorants. Il développe des recherches sur le capitalisme et la démocratie en général et plus particulièrement, sur les frontières du salariat, des politiques du travail et de l’emploi.

Le CRDIA est un consortium de recherche. Totalement indépendant, il est constitué d’un collectif de personnes appartenant à :

  • des grandes entreprises : Bolloré Logistics, EDF, Engie, HSBC, Thales
  • des PME innovantes : Génie des Lieux, Steam’O, BCRH,

sans but lucratif ou commercial ; Ni association, ni entreprise, sans SIRET/SIREN ni compte en banque, il a pour vocation de favoriser le développement d’efforts de recherches et d’expérimentations appliquées aux réalités du terrain, au profit d’un secteur, le Facility Management.  

Il faut enfin remercier chaleureusement la société GSF, opérateur bien connu dans le secteur de la propreté et des services associés, d’avoir proposé un soutien financier à cette journée. Précisons-le, ce soutien a été offert sans contrepartie ou droit de regard sur les contenus. Pour le reste, cette journée correspond à un investissement de la société BCRH qui abrite mon activité d’intervenant chercheur, sans visée lucrative ou commerciale.

Pourquoi un colloque sur le FM ?

Cette journée illustre la volonté de promouvoir une meilleure connaissance mutuelle. Il s’agit d’intéresser les professionnels à la recherche et de faire connaître aux chercheurs les enjeux d’un secteur d’activité en pleine mutation.

L’objectif est de contribuer à définir des champs, des problématiques puis des coopérations de recherche et d’expérimentations entre ces deux mondes, autour de :

  • La mobilisation du travail (recrutement, fidélisation, modalités d’emplois)
  • La mobilisation au travail (qualité du travail, parcours professionnels).

Ce secteur que l’on désigne par le vocable de « FM Facility Management », est en effet emblématique de la mutation servicielle que connait notre économie depuis quelques décennies.

Il concerne, coté client l’essentiel des 30 millions d’actifs, salariés, public et privé, qui bénéficient des services, avec des enjeux économiques bien sûr, mais également des enjeux sociaux (la qualité de vie au travail, les conditions de travail tertiaires) et des enjeux environnementaux associés aux espaces de travail. 

Pour la mise en œuvre des services aux immeubles et aux habitants, ces services rassemblent des activités de maintenance « hard » (équipement de climatisation et chauffage, ascenseurs, sprinklers, entretiens des immeubles, équipements vidéos et informatiques) et des services « soft » comme l’accueil, la propreté, l’animation d’évènementiels.

Ces services sont délivrés par environ 1,3 millions de travailleurs, dont environ 400 000 ne sont pas externalisés pour la sphère privée. On estime à autant les effectifs pour la sphère publique.

En croissance, ce secteur connaît aujourd’hui de nombreuses difficultés dans son développement.

Quelles sont ces difficultés ?

Des constats et des retours d’expériences du terrain

Notre journée l’illustrera. Les conditions de mise en œuvre de ces activités sont aujourd’hui l’héritage d’une longue période d’externalisation, marqué encore et toujours par des rapports de sous-traitance particulièrement déséquilibrés.

La nature des activités extrêmement diverses, (quelques 30 métiers et 150 spécialités) requiert un travail souvent « isolé », avec des exigences d’horaires, d’astreintes et de déplacements, des qualifications le plus souvent modestes pour une faible valorisation et rémunération.

Les conditions de contractualisation actuelles conduisent souvent à une recherche systématique de réduction des coûts pour les clients, limitant les capacités d’investissements des prestataires employeurs en formation, en développement des compétences et des conditions d’emploi. Les marges nettes moyennes des prestataires du secteur oscillent autour de 4-5%.

Faiblement attractif, malgré la persistance du chômage en France, ce secteur connaît des difficultés de recrutement et de fidélisation. Les raisons sont bien connues ; salaires peu attractifs, conditions de travail difficiles, relations d’emplois distendues, perspectives de carrières souvent limitées par la dispersion des activités et des employeurs et les durées limitées des contrats. Les relations d’emplois que connaissent les œuvrants y sont fréquemment de type « triangulaires », pris entre les clients, leurs employeurs et les bénéficiaires qu’ils côtoient au quotidien.

Face à ces constats, devant un diagnostic de tension sur la qualité même de la production, doublé d’un risque avéré de maltraitance du travail, ce secteur est à la recherche d’innovations dans différents domaines (la valorisation des services, les contrats, l’organisation du travail, l’instrumentation de gestion…).

Au centre, un pari ; des efforts de recherches sur le travail

Toutes ces questions convergent en effet sur un enjeu central.

Ce secteur et encore émergent. Il est issu de l’empilement de différents métiers (restauration collective, construction, énergie, propreté, accueil). Il n’est pas encore construit comme une profession intégrant ses différents métiers.

Il doit améliorer les conditions de la mobilisation du travail. L’ombre de l’ubérisation et du travailleur détaché est ainsi encore marginale mais bien présente. Il doit aussi, penser les conditions de la mobilisation au travail pour des salariés souvent condamnés à l’invisibilité.

Pour une production servicielle de qualité, il faut un travail de qualité, il faut des conditions d’organisation et de management de qualité.

Comment ? Nous ne le savons pas et à notre connaissance, personne n’a de réponse simple et opératoire. C’est justement pour cela que cette journée est là. Le secteur a besoin de la recherche, il a besoin d’intéresser les chercheurs à ses réalités.

Modestement, mais « résolument », cette journée veut y contribuer ; De ce point de vue, ce n’est qu’une étape. C’est une pierre à des coopérations futures.

Comment avons-nous pensé cette journée ?

Le programme de la journée

Parce que le droit est évidemment très structurant de ces enjeux, nous avons demandé à Jean Yves Kerbourc’h (Professeur de Droit, Université de Nantes) de nous éclairer sur ce que le droit social prescrit, encadre, mais également, sur ce que le droit, y compris tel qu’il est aujourd’hui et qu’il évolue sans cesse, peut permettre d’accompagner sur le terrain de l’organisation des activités et des emplois.

Le sujet n’est pas seulement français. En Europe notamment, ces questions se posent, aussi bien sur les besoin d’aménagement des règles du droit du travail que sur les politiques publiques visant la maîtrise des coûts du travail. C’est ce que nous aidera à repérer l’intervention de Christophe Tessier, juriste et animateur de ASTREES, association d’études sur les politiques européennes du travail et de l’emploi.

Ces premiers apports seront mis à l’épreuve de la réalité et en dialogue avec des chercheurs en deux moments d’ateliers :

  • Deux ateliers en parallèle en fin de matinée, sur la mobilisation du travail, avec deux retours d’expériences :
    • Avec Corinne Colson Lafon, créatrice et dirigeante de Steam’O, une « ETI du FM ». Elle nous aidera à comprendre les difficultés du point de vue de l’employeur pour recruter, former et fidéliser ses salariés dans les conditions de ces activités et la manière dont sa politique d’entreprise tente d’y répondre.
    • Avec Ludovic Lazzaretto, DGA et Lionel Montero Directeur Commercial de la société EMALEC, une ETI également, société lyonnaise de maintenance multi technique des espaces de travail. Ils présenteront et mettront en discussion des choix d’organisation et de gestion RH des techniciens « itinérants » qui font de son entreprise un acteur original de la maintenance multi-sites en France et en Europe, sans recourir à la précarité ou au travail indépendant.
  • A 14h00, nous reprendrons avec deux ateliers, également en parallèle, pour discuter des conditions de la mobilisation au travail :
    • Avec Eric Noleau, DGA de la société GSF, nous aborderons des enjeux d’organisation et de management du travail au quotidien de ces métiers, avec le retour d’expérience de GSF et la mise en œuvre d’une organisation inspirée du lean management, dite « excellence opérationnelle » dans la propreté, avec et chez L’Oréal, en faveur d’une plus grande autonomie et d’un enrichissement du travail.
    • Avec Véronique Revillod, secrétaire nationale du Pôle Services aux entreprises de la fédération des services de la CFDT, nous évoquerons la place et le point de vue d’une organisation syndicale sur les enjeux de gestion des ressources humaines et des conditions de travail dans le secteur.

Ces témoignages et retours d’expériences seront discutés, commentés et enrichis d’apports de chercheurs de différentes disciplines des sciences sociales. CF Présentation des intervenants.

L’après-midi se poursuivra avec une mise en perspective de Pierre Yves Gomez, Professeur en stratégie et gouvernance d’entreprises à l’EM Lyon Business School, économiste et docteur en gestion. Au-delà des enjeux de droit et de relations professionnelles, notre secteur du FM, mais plus largement encore, notre économie, sont traversés d’enjeux associés à la financiarisation et à une mise en invisibilité du travail.  Cela pose des questions tout à la fois d’échelle économique, mais également, politiques et éthiques.

Une table ronde avec les professionnels du secteur

Il sera temps alors de revenir vers les acteurs institutionnels du secteur à l’aide d’une table ronde animée par Sophie Distel, Rédactrice en Chef de Work Place Magazine.

Nous leur poserons la question de la manière dont ils situent les enjeux de mobilisation du et au travail et des attentes qu’ils adressent aux chercheurs ; nous commencerons avec deux associations professionnelles, l’ARSEG et l’ADI, et le syndicat patronal des FMer, le SYPEMI, de la FEDENE/ Medef.

Des pistes de réponses ensuite seront signalées dans le monde de la formation et de la recherche :

  • Avec le Pôle Leonard de Vinci qui a lancé en juin dernier une chaire innovation servicielle centrée notamment sur le secteur du FM, adossée à ses écoles d’ingénieur et de management,  
  • l’AFPA qui engage avec le soutien de sa tutelle, la DGEFP du Ministère du Travail, une large étude sur les métiers émergents du FM et des besoins de formation,
  • des professionnels coté client, qui se mobilisent pour favoriser des investissements en recherches expérimentations avec le CRDIA.

Nous conclurons avec une brève synthèse problématique de la journée à l’aide de Laurent Duclos de la DGEFP, Ministère du Travail et chercheur rattaché au laboratoire des Institutions et Dynamiques Historiques de l’Economie et de la Société (IDHES).

Découvrez ici un article de la rédaction de Workplace Magazine, paru le 24 janvier sur le contenu de cette journée.